Cécile Dupaquier (F)
Accumulations! Extensions!,
Piano Nobile, du 2 avril au 7 mai 2005
Paola Junqueira (CH)
Zémidjan (« va promptement »)
Annexe (1-3 Rue Lissignol, 5 e étage),
du 2 au 9 avril 2005
Cette année, Piano Nobile fête sa 10 ème
année d'existence. L'échelle humaine, est
l'image choisie pour cette saison, qui en
constituera le fil rouge. Elle se traduit
littéralement par un rapport 1 :1 entre l'artiste
et sa matière, entre l'artiste et son
environnement ; en miroir avec le spectateur.
Métaphoriquement, elle reflète un intérêt
pour les gestes artistiques simples mais
riches de sens, en résistance à une
débauche de moyens, ainsi que pour des
thèmes dont elle fixe la mesure.
Les deux artistes présentées en parallèle
se
rejoignent dans la définition ou la délimitation
d'une zone personnelle, qu'elle soit construction
ou espace mental, dans un environnement
étranger. Les travaux utilisent des espaces
mobiles, transférables et à la fois encrés
spécifiquement dans un lieu, « sur mesure ».
La narration qui s'établit entre les différents
éléments, autobiographique, reflète par
extension une condition plus universelle.
Les deux artistes marquent leurs repères,
s'ancrent ; l'une remplit, l'autre vide.
C. Dupaquier, croquis d'installation

C. Dupaquier, Accumulations! Extensions!,
vue d'ensemble, 2005,
photographie : Bertrand Saugier
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Cécile Dupaquier , Accumulations! Extensions!
Dans son travail récent, C. Dupaquier développe
notamment des suites d'« accumulations »,
de « conditionnements » et d'« extensions » ;
elle s'approprie les contextes urbains ou les architectures
intérieures. Elle cherche des solutions d'espaces transportables,
mobiles, allégeant son oeuvre, cherchant un matériau pauvre qui se compresse et se stocke et qui puisse
se déplier dans l'espace investi. Par des « tentatives
d'intégration », sa propre effigie s'intègre
à des espaces photographiés ou à des
espaces concrets par la biais de petites statuettes, personnages
à peine métamorphosés, identifiables
en tenue de travail blanche ou en robe rouge. Trouver ou perdre
ses propres repères, se créer un espace mental,
occuper un espace d'exposition ; avec inventivité,
elle produit une représentation du processus de création
non sans une certaine radicalité dans son propos.
A Piano Nobile, une maquette surdimensionnée en papier,
pénétrable, s'inscrit et s'étend dans
le lieu d'exposition. Structuré avec des éléments
architecturés, coté précisément
et assemblé à partir d'un patron, l'espace se
tient d'un bloc et prend l'empreinte de la vitrine. A l'intérieur,
l'illusion provoque une perte d'orientation et rappelle alors
les expériences d'autres « pénétrables »
connus dans l'histoire de l'art. Ici pourtant, le visiteur
se retrouve au coeur d'un réseau de circulation dont
il n'arrive pas à saisir la logique, en prise avec
des effets futuristes ou des mirages de perspective. Le volume
intérieur crée une rupture d'échelle.
A proximité, un autoportrait miniature de l'artiste,
dans une attitude désemparée, indique le décalage.
Il se montre perdu dans une pièce à la taille
non adaptée. Le visiteur se situe entre deux échelles,
entre deux microcosmes aussi.
Les images vidéo décrivent une collection d'espaces
berlinois, saisis en continu dans la structure-parachute mise
en mouvement par l'artiste. Se rapprochant, par sa forme,
du volume concrétisé dans l'espace d'exposition,
cet espace mobile recueille en fait l'absence plus que les
paysages urbains tout comme la construction en papier s'élabore
autour du vide. Fabriquer une illusion, une vacuité,
répond aussi à l'auto-interrogation sur la création.
Les éléments qui constituent l'installation
de C. Dupaquier, se rejoignent ainsi dans la traduction plastique
d'une question fondamentale.
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C. Dupaquier, Accumulation n°1 to 44,
Berlin, dvd,2003 |

C. Dupaquier, Extension !, papier, colle,
2005, photographie : Bertrand Saugier |

C. Dupaquier, Extension !, papier, colle,
2005, détail de l'intérieur,
photographie : Bertrand Saugier |

C. Dupaquier, Sans titre, cire,
2004 et accrochage des dessins-patrons,
photographie : Bertrand Saugier |
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P. Junqueira, Zémidjan (« va promptement »),
Installation vidéo, 2005, L'Enseigne Bois,
plexiglas, lettres autocollantes, néon

P. Junqueira, La Posa III, Tirages numériques
collés sur aluminium, 2005

P. Junqueira, La Posa III, Tirages numériques
collés sur aluminium, 2005 |
Paola Junqueira - Zémidjan (« va
promptement »)
P. Junqueira recherche dans son travail artistique des liens
de communication, engagés par exemple au moyen d'une
structure mobile (un « white cube »
portable) ou transcrits plastiquement à l'aide de tuyaux
et autres réseaux, ou encore provoqués verbalement ;
ce modus vivendi motive ses créations.
Depuis quelques années, elle déplace son terrain
d'action de pays en pays pour réaliser un projet performatif
« en progrès » : 24
hours of a hole , dans lequel elle creuse un trou pour
s'ancrer métaphoriquement dans le lieu, s'y adapter,
oeuvrant ainsi hors lieux dédiés à l'art
contemporain. « (...) Ma démarche artistique
suggère l'idée que tout être humain éprouve
le besoin de se construire un espace propre (...) creuser
c'est en même temps découvrir les couches superposées
de la terre qui nous racontent l'histoire de celle-ci »
1 .
Cette performance de longue durée est l'occasion de
documenter les micros événements qui se présentent
autour de son lieu de travail. Ces « coïncidences-improvisations »
donnent lieu à une observation fine et à une
capture de la culture locale. Ainsi au Bénin, elle
se passionne pour la figure du Zém (À Cotonou,
les chauffeurs de taxi-moto sont nommés des Zémidjan,
ce qui signifie littéralement « va promptement
2 »), véhicule par lequel elle découvre
et filme la ville de Cotonou en évitant l'attitude
voyeuriste. La projection vidéo relate donc un voyage
à travers Cotonou, à l'arrière d'une
motocyclette conduite par un Zém, creusant un sillon
d'images le long du parcours tracé. Une chanson est
enregistrée presque comme une pause dans la pollution
sonore. Cette comptine religieuse mais surtout automatique
est mise en exergue. Résultant d'une autre découverte
dans la même ville, l'enseigne retrace une histoire
de paradoxe, de côtoiement hasardeux d'images,
d'un rêve américain. Deux autres images en mouvement
complétant l'installation évoquent la transition,
l'atmosphère chargée et aussi une certaine réalité
économique du pays.
Une série de photographies est issue d'un travail
qui suit la même orientation : l'implantation légère
d'une architecture en bois, presque allégorique. Ce
point de repère installé par l'artiste lors
du Festival d'art Boulev'art, l'artiste dans la rue ,
à Cotonou, rebondit sur d'autres coïncidences.
Cette pièce se réfère directement à
« la Posa », bâtisse significative
dans la culture d'un village péruvien, que rapporte
l'ouvrage Segment de Juan Munoz, compris à
la fois en tant qu'espace symbolique et structure architecturale
essentielle. Dans l'idée d'un travail sériel,
P. Junqueira a déjà restitué cette construction
à Londres. Ici, elle saisit l'opportunité de
reproduire par un procédé archaïque de
typographie (une composition linotype), une portion du texte Segment pour compléter l'installation.
M.K.
1. Paola Junqueira, 24 hours of a hole
2. Pour une simplification phonétique de Zémidjan,
ils sont appelés les Zéms. Ils sont présents
partout dans les villes au Bénin. Ces figures clés
sont un véritable réseau de communication. Ils
sillonnent la ville et les informations sont véhiculées
par ce même biais.
Avec l'appui de la Ville de Genève - Département
des affaires culturelles
Soutien au programme 2005: Pour-cent culturel Migros
Remerciements : Ecole Supérieure des Beaux-Arts,
Genève
Et pour leur précieux travail : Bertrand Saugier,
Nicolas Perrin, Jérémy Chevalier, Xavier Dussoix,
Nelson Jimenez |