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R_X
Geneviève Romang
Sur une proposition de Cynthia Villalobos
Exposition du 24 mars au 7 mai 2011

Revisitant la problématique liée à la représentation du sexe féminin dans l'art, l'exposition R_X dévoile par un acte déroutant ce lieu paradoxal qui fait depuis toujours l'objet de multiples fantasmes. Dans un antagonisme déclaré, deux installations déjouent – avec ironie – le spectaculaire au profit d'un renversement symbolique indéniable.

Soutien annuel à Piano Nobile :
Ville de Genève - Département de la culture


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Photographie: Nicolas Cuti

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Photographie: Nicolas Cuti



 

 

 

De même qu’elle le fait dans son travail de dessin, G. Romang reprend la thématique du corps humain, mais l’associe cette fois-ci aux problématiques de genre et de la représentation du sexe féminin dans l'art. Par ce biais, elle interroge les conceptions traditionnelles qui soumettent la sexualité féminine à une supposée obscurité naturelle et au divertissement. Renversant les codes de représentation, l’artiste crée deux mondes qui s'opposent et se croisent inévitablement.
À l’occasion de R_X, la salle principale de Piano Nobile devient le lieu pour une pièce unique. Un socle, une tapisserie à motif floral sur fond vert, une lumière qui pointe un petit objet blanc aux traits organiques... le salon bourgeois et le musée ne sont pas loin et l'ironie non plus. Avec Vagina Erecta, l'artiste crée, par la combinaison de tous ces éléments, un espace empli de références dont l'élément clé est le moulage sur nature d’un vagin: prouesse technique déconcertante. Cette étrange et énigmatique pièce révèle cet invisible qui hante l’imagination humaine depuis des siècles à propos de la sexualité féminine. Sorte de négatif devenu positif, cette pièce matérialise en volume ce qui existe en creux, elle rend palpable ce «non-lieu», ce «continent noir» qui fait l’objet de tant de spéculations liant discours sociologique, scientifique et psychologique. Or, ici, le sexe de la femme ne relève ni de l’allégorie ni de la métaphore. Il n'est pas non plus caché et réservé aux intimes, comme ce fut le cas de l'Origine du monde de Courbet. Ni convoité, ni imaginé, ni fantasmé, le sexe féminin n'est plus un prétexte.
C'est un simple constat renforcé par le dispositif de présentation qui rappelle volontairement les moyens consacrés à la mise en valeur des œuvres d’art dans un système culturel parfois perverti par le spectaculaire. La démarche de l'artiste, comme dans l'art féministe des années 70, est un "passage à l'acte". Le moulage sur nature est là comme un instantané, une trace objective où d’innombrables plis se dilatent et se perdent dans une forme qui laisse, certes, songeur.
G. Romang se plaît à multiplier les renvois qui nous emmènent au XIXe siècle où le moulage sur nature du corps humain – utilisé d'abord par les artistes et ensuite par la médecine – s'offrait comme attraction foraine sous la forme de cires anatomiques. À cette époque, entrailles, organes sexuels, corps malades, bustes des hommes de races lointaines, malformations et autres curiosités faisaient partie de spectacles payants. Ainsi, en arrière-boutique, l’artiste reconstruit un espace hybride rappelant autant la fête foraine que le cinéma « grand public » : un faux guichet, des lumières, des sons nous conduisent vers Terra Nihili. Le spectateur est invité à entrer dans un tunnel débouchant sur un point de vue. Train fantôme sans autre fantôme que le foisonnement de références culturelles. Un long travail de recherche iconographique aboutit à une série de noms et de titres évocateurs. Une voix-off récite avec lassitude des titres d’oeuvres d’art pour le moins éloquents. La bande sonore pour sa part donne un goût de déjà-vu, de déjà entendu. Tout est rejoué encore et encore... et pas vraiment. Le spectacle va-t-il commencer ? Est-il déjà fini? Avec Terra Nihili, l’artiste se positionne encore plus clairement face à la tradition artistique et avec humour renvoie le spectateur à ses propres constructions mentales.
L'appropriation du latin pour les noms des œuvres n'est pas anodine. Il s'agit d'un trait anachronique qui n'est pas sans rappeler la tradition érudite qui depuis la Renaissance s'est évertuée à comprendre et à cataloguer la nature. Mais, ici, ce trait suranné n'explique, ni ne classe, mais déploie son ironie pour questionner nos poncifs.
«R_X» comme «représentation_sexe», mais aussi comme «rayon X», c’est-à-dire ce qui tente de dépasser la simple apparence. Ainsi, ce projet s'impose plutôt comme un parti pris pour la démythification; la rupture qu'il propose n'est pas formelle mais idéologique, dans le sens du renversement symbolique qu'il opère. Avec finesse, Geneviève Romang nous oblige à voir. Elle ne dénonce pas, mais énonce. C’est là la force de ses installations.

Cynthia Villalobos

Cette exposition n’aurait pas pu se réaliser sans l’aide de : Marie-Eve Knoerle, Bénédicte Le Pimpec, Maxime Bondu, Gregory Beussart, Andreas Kressig, Cynthia Villalobos, Jean-Michel Staudhamer, Nicola Cuti, Catherine, Voahirana et Sophie. Nous les remercions vivement.